PDA : Comment s’est passée la préparation du film ?
Gela BABLUANI : Le casting a duré longtemps, trop longtemps même, 6 mois car on attendait les financements. Pour le casting, je ne voulais pas avoir une tête que j’avais déjà vue quelque part. Je ne voulais pas associer l’image de quelqu’un que j’avais déjà vu jouer ailleurs à mon film. Sur le plateau, on trouvait des comédiens professionnels mais aussi beaucoup d’amateur, et même des gens qui n’avaient jamais fait de cinéma avant. Quand on n’a pas d’argent, on a beaucoup de temps On tournait longtemps mais en même temps on savait ce qu’on faisait.
PDA : Votre film est un thriller très sombre. Quelles ont été vos influences ?
Gela BABLUANI : Je ne me suis pas vraiment inspiré d’un exemple concret, c’est plutôt un ensemble de film. J’aime les premiers films de Scorsese, je ne suis pas original la dessus. . Je n’ai pas vraiment de référence cinématographique si ce n’est peut-être le cinéma soviétique des années soixante-dix, qui était un cinéma vraiment intéressant car il n’y avait pas cette culture du son, il n’y avait jamais de prise de son direct. Le film était monté sans son. Il y avait une culture du montage, du cadre, de l’image, de la mise en scène. Le travail sur l’image était assez poussé.
PDA : Quel est le thème de votre film ?
Gela BABLUANI : La manipulation humaine que l’on exerce les uns sur les autres, c’était le thème que je voulais faire. C’est ce qui m’a le plus touché quand j’étais gamin et j’avais envie de parler de ça.
PDA : Vous n’y allez pas par quatre chemins pour montrer la violence.
Gela BABLUANI : Je voulais échapper à une sorte de formatage. Je ne voulais pas prendre des pincettes, je voulais faire un film radical. Je n’avais pas envie de faire un film référencé, de donner une leçon de moral, de ne pas déranger, d’essayer de plaire à tout le monde. Je voulais rester proche de la réalité, de l’image de l’homme, même si elle est négative. Je ne voulais pas filmer les méchants différemment des gentils, je ne voulais pas les séparer. J’ai fait le film tel que je l’ai ressenti, je n’ai pas de regret. C’est un film que j’assume, malgré le fait que ce soit un premier film. Il y a sûrement des erreurs, mais je sais que je n’ai pas fait de compromis, ni un compromis intellectuel sur le sujet, ni sur ce que je voulais raconter. J’ai simplement raconté une histoire, d’une façon assez radicale. Ca peut laisser froid, peut-être que ça manque un peu d’explication, mais moi je m’emmmerde quant on m’explique. Je préfère réfléchir tout seul et me faire ma propre opinion.
PDA : On sent qu’une attention particulière a été apportée au cadre.
Gela BABLUANI : Pour moi, le cadre fait partis de la mise en scène. Il y a sûrement des choses qui ne sont pas réussis dans le film, mais je sais que tout a été travaillé, il n’y a rien de gratuit dans le film. Il n’y a pas eut un plan qui a été fait pour faire un plan, pour boucher un trou. L’image fait partis de la mise en scène, et il y a très peu de gens qui pensent ça de nos jours.
PDA : Les financements n’ont pas été faciles à trouver mais l’atmosphère du tournage semble empreinte d’une certaine liberté, d’une envie d’échapper aux circuits et aux modes de production traditionnels.
Gela BABLUANI : La mise en scène était vraiment fabriquée sur le tournage, il n’y avait pas de découpage, ni de story-board précis qu’on aurait fait il y a trois mois et on passerait le temps à exécuter ce qu’on avait prévus. Il y avait beaucoup de marge, beaucoup de liberté sur le plateau pour trouver de nouvelles choses. Aujourd’hui en France on fait des films en 8 semaines. Je ne sais pas ce qu’on peut faire en 8 semaines !!! En URSS, on jetait les bobines des 3 premières semaines de tournage, c’était simplement un rodage, il fallait que le mec rentre dans son film. On consacre aujourd’hui beaucoup plus de temps à la préparation, à l’administration, à la production, et ça prend tellement de temps et d’énergie que quand on arrive sur le plateau, on est déjà vidé. Il y a des films que l’on tue avant même qu’il soit tourné. On demande toujours à un auteur de réécrire, et réécrire, et réréréréécrire et quand il arrive à la cinquantième version, il ne sait plus quoi faire. On produit en France 200 films par an, et quand à la fin de l’année on se pose la question de combien de films nous ont vraiment marqué, franchement, il n’y en pas beaucoup.
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