LAURENT CANTET  
Réalisateur du film "Vers le Sud"  

fashion Par Stéphane Hubert

On avait laissé Laurent Cantet il y a 4 ans avec « L’Emploi du Temps » qui avait connu un certain succès critique. Il nous revient aujourd’hui avec un film ambitieux au casting international. Rassemblant Charlotte Rampling (« Swimming Pool » « Lemming »,…), Karen Young (vue récemment dans « Factotum »), Louise Portal (habituée des films de Denys Arcand) et une poignée d’acteurs non professionnelles, Laurent Cantet nous décrit le quotidien d’un groupe de femmes vivants avec leur insouciance touristique dans le cocon protecteur de l’enceinte d’un hôtel, barrière infranchissable qui cache la dure réalité de la vie à Haïti dans les années 80.

 

PDA : Le film se passe à Haïti. Cela venait d’une envie particulière de tourner dans ce pays ?

Laurent Cantet : Ma découverte de Haïti est tout à fait accidentelle. J’y étais allé en 2002 pour retrouver quelqu’un mais jamais je n’aurais pensé y tourner un film. J’y ai passé une semaine, et j’en suis reparti avec la certitude d’y revenir. Dans l’avion du retour, j’ai lu le livre de Dany Laferrière, « La Chaire du Maître ». J’ai retrouvé, en lisant ces nouvelles, les sensations que j’avais éprouvé sur place : cette proximité  du merveilleux et de l’inacceptable, de l’insouciance et du tragique.

PDA : Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette nouvelle ?

Laurent Cantet : Ce qui m’intéressait  dans la nouvelle se résume à ce constat : il n’y a pas d’un coté les pauvres victimes et de l’autre les salauds qui manipulent. Dans la nouvelle « Vers le sud », Dany Laferrière met bien en avant que tout le monde y trouve son compte. Les américaines viennent à Haïti pour oublier leur quotidien terne et peu réjouissant. L’hôtel est une bulle qui d’une part les protège du monde mais aussi leur autorise tous les écarts. Legba, le jeune Haïtien, se retrouve à l’hôtel car il peut y oublier tous les ennuis qu’il a à l’extérieur, c’est le seul endroit on l’écoute, où on le regarde comme un homme.

PDA : C’est un film qui parle du désir des femmes.

Laurent Cantet : Après « Ressources Humaines » et « L’Emploi du Temps », centrés sur des personnages masculins, j’avais envie de me confronter à des personnages féminins, même si c’est à travers le personnage de Legba, et à travers ma sensibilité masculine et celle de Dany. Penser au féminin, écrire des dialogues au féminin, ça m’a beaucoup plu.   

 

PDA : Comment s’est passé le casting pour le rôle de Legba, le jeune homme qui fait tourner la tête des deux américaines interprétées par Charlotte Rampling et Karen Young ?

Laurent Cantet : Legba n’a pas été facile à trouver. J’ai passé deux mois à Port-au-prince à voir des jeunes dans les rues, à la sortie des écoles ou des terrains de sport. Face à Menothy César, j’ai eu le même choc que devant Jalil Lespert il y a quelques années : tout semblait être là, il n’y avait plus qu’à le saisir. Derrière son coté beau gosse, on entrevoit sa fragilité. Il ne limite pas le personnage au petit gigolo qui se sait beau.

 

   
               
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