PDA : Pourquoi une telle orientation 80’s dans « Dress Code », votre premier album ?
FON : Pour la qualité des mélodies, les années 80 avaient l’avantage de regorger de groupes créatifs et sobres à la fois comme : Ultravox, Depeche Mode, Yazoo, etc… Il me semble que les mélodies et les paroles avaient à l’époque une importance fondamentale, les groupes avaient une âme ou n’en avaient pas, l’aspect « technique » était secondaire.
PDA : Vous n’avez tout de même pas peur d’apparaître un peu « has been » aux yeux d’un public plus jeune que celui des trentenaires?
FON : Le look des années 80 est « has been » mais pas l’efficacité mélodique ! Et puis il n’y a rien de démodé à vouloir continuer de travailler en privilégiant la mélodie à la technologie, même si elle nous est indispensable. Il y avait tout de même une belle prouesse d’époque à mélanger musique électronique et instruments « classiques » (guitares, basses, batterie) alors qu’il n’y avait pas encore d’ordinateur pour cela. C’est vraiment cet esprit créatif qui continue de nous motiver et, pour le coup, je ne crois pas à une vision passéiste : une belle mélodie simple aura toujours plus d’impact qu’un exercice de sons hautement technologiques….
PDA : Nous vous sentons bien nostalgique tout de même….
FON : Sous certains aspects, disons que oui, un peu. Auparavant, entrer en studio, enregistrer un disque était un événement, une concrétisation rêvée ! Aujourd’hui, le « home studio » a enlevé de cette magie, tout se fait sur ordinateur. A mon sens, tout cela incite à la paresse, surtout : ce qui était un événement hier s’est banalisé : on entre en studio comme on va au supermarché.
PDA : Nécessité technologique au service du Marché (sans vouloir faire de vilain jeu de mots) ?
FON : Absolument. Tout doit aller très vite aujourd’hui, un groupe n’a plus le temps de s’installer, il a tout juste 3 mois pour faire ses preuves, 6 mois pour les plus chanceux. Alors, il faut produire toujours plus, dans l’urgence, au sein d’une industrie équipée de moyens « haute technologie » au dépend de la création. Cela peut paraître un peu noire comme vision mais c’est en tout cas ce que je ressens : le « produit » a remplacé « le temps de l’improvisation »…
PDA : On comprend mieux pourquoi votre deuxième album s’intitulera « Résistance » (sortie octobre 2006)….
FON : Oui (sourires). Vous êtes d’ailleurs les premiers à le savoir, une « exclu’ » comme on dit ! (rires)
C’est vrai, j’ai l’impression que faire de la musique c’est comme mener un combat, à l’instar de Don Quichotte. Ca ne fait plus rêver les jeunes même si, paradoxalement, ils en consomment beaucoup plus qu’avant : du téléchargement en boucle, de la gloutonnerie indigeste occultant la vocation première de la musique : l’écoute et le plaisir qu’elle doit susciter. Et puis, « Résistance » aussi au système lui-même ou le marché repose sur les vingt groupes connus du moment, qui ne sont d’ailleurs plus vraiment des groupes mais plutôt des marques, sorte de jouets au service du marketing et des usines à produits dérivés.
PDA : C’est fichtrement noir tout ça, on croirait Robert Smith après une vilaine descente d’acide ?
FON : C’est drôle parce que « Résistance » sera effectivement très proche de l’univers des Cure : sombre et mélancolique. Ce deuxième album (onze titres) « sonnera » différemment du premier : moins léger et « show off », avec beaucoup de piano, soulignant une atmosphère « dark » et triste. Il y aura un peu plus de morceaux en français (un seul sur « Dress Code » NDRL) mais je ne me fais pas d’illusions sur nos éventuels passage en radio, je chanterai majoritairement en anglais donc on continuera à nous fermer les portes. Absurde non ? Selon les quotas, un groupe français passe en radio si il chante en français, on a donc intérêt à continuer de faire pas mal de concerts en France (soixante cette année dont la première partie de Duran Duran au Zénith et en Allemagne) et de soigner nos réseaux de fidèles (lors de leur dernier concert au « Paris Paris », night-club parisien, beaucoup de fans de la France entière avaient fait le déplacement).
« Résistance » donc, maître mot !
PDA : Et si, pour se laisser aller un peu (…), on se faisait un petit questionnaire « lequel des deux »?
FON : Bonne idée !
PDA : « Strokes ou Libertines »?
FON : Strokes, plus forts mélodiquement et ils savent se réinventer à chaque album
PDA : « A-Ha ou Alphaville » ?
FON : A-Ha, je n’ai jamais été fan d’Alphaville
PDA : « Pj Harvey ou Feist »
FON : Feist, parce que je trouve que c’est une excellente chanteuse avec un univers très large, elle passe de la soul à la pop, du rock à l’acoustique. Vraiment très inventive. |
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PDA : « Robert Palmer ou Brian Ferry » ?
FON : Robert Palmer, parce que j’ai eu la chance d’être le dernier à avoir enregistré avec lui, il mourait une semaine plus tard d’une crise cardiaque. Nous avons repris « Johnny and Mary » et je dispose depuis peu des droits pour commercialiser cette reprise, les radios vont-elles encore me parler des quotas ?....
PDA : « Depeche Mode ou The Cure » ?
FON : Vraiment très dure cette question, impitoyable question ! Je dirais Depeche Mode pour les mélodies et The Cure pour le charisme.
PDA : « KYO ou Cali » ?
FON : Cali, pour moi, ce sont les bergers allemands, les SDF, les odeurs de frites au Printemps de Bourges (éclats de rire). KYO : le chanteur, Benoit Poher, ne sait pas encore qu’il est un futur gros, qu’il tentera une carrière solo et qu’il finira comme Elvis aux barbituriques !
PDA : « Magalie de la Star Ac’ ou Chimène Badie » ?
FON : Il ne restera bientôt rien de tout ça, la Star’Ac a cassé du rêve. On nous fait croire qu’il y a une école pour apprendre qu’elle est ta personnalité, de la caution minable (les « Raffie et compagnie », quelle tristesse !), tu plais ou tu ne plais pas, c’est mare. En tout cas, quel gâchis d’argent, il y a tellement de moyens déployés pour la course à la célébrité qu’on écrase les vrais talents qui foisonnent « près de chez vous ». Résistance !
PDA : Qui trouve grâce à vos yeux aujourd’hui ?
FON : Morrissey, un vrai chanteur charismatique, à la culture anglaise du dandysme, sans compromis, se foutant éperdument des médias et qui a réussi à faire aux Etats-Unis ce que Robbie Williams ne fera jamais ! Sinon, les Pet Shop Boys, je sais, je ne vous sens pas convaincu pourtant c’est un groupe sous estimé, à tort. Je suis persuadé que l’on s’en apercevra un peu plus tard : quelle combinaison entre paroles et mélodies, fort ! Je me retrouve lorsqu’ils chantent : “ you only tell me you love me when you’re drunk” (album : « Nightlife »/1999).
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