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DANIEL NGUYEN  
Au delà du Miroir  

Propos recueillis par Caroline Bravo

Champagne et sashimis, tapis balinais recouvrants le sol d'une vaste pièce épurée, c'est dans son antre du Marais que le photographe Daniel Nguyen nous reçoit. Il nous parle de son travail, de cette nouvelle série à laquelle il se consacre depuis presque un an "Miroir & Distorsions", de ses précédents travaux, de son rapport à l'image, à la création, à soi, à l'autre en général et aux femmes en particulier… Corps, nudité, extériorité et intériorité, c'est avec fascination que nous le suivons au travers de ses photographies de l'autre côté du miroir entre sphère onirique et psyché.

PDA : D’où vous vient votre inspiration ?

DN : Mon inspiration vient de moi déjà, et des femmes aussi… J’ai toujours été fasciné par les femmes.

 
 

PDA : Comment définiriez-vous votre approche du travail photographique ?

DN : C’est d’abord de la recherche. Il y a une part de construction, c'est-à-dire un cadre qui est défini au départ et ensuite, on lâche prise. Chacun dans son rôle. C’est aussi une recherche sur la lumière. Mes photographies sont entièrement réalisées à la prise de vue et ne font pas l’objet de retouches.

PDA : Pourquoi avez-vous décidé de travailler sur le nu ?

DN : Je n’ai pas débuté par le nu, mais par « la rue ». De manière un peu spécial, puisqu’en fait j’ai commencé par faire des reflets de gens dans des vitrines sans une série intitulée « Reflets urbains ».

PDA : Là encore, le besoin d’un rapport à l’autre ?

DN : En fait, même à travers les femmes, c’est d’abord le rapport à l’humain qui m’intéresse. Le nu n’est pour moi que le prolongement du portrait, et donc des expressions, des émotions... La matière première dans la réalité n’est pas tant le corps au sens de la chair, de la matière inerte, mais la personne. Et dans la photographie, il y a deux personnes : le photographe et le sujet.

PDA : C’est l’interaction entre les deux qui vous intéresse ?

DN : Pas forcément l’interaction, ça dépend des situations, des séries. Ça peut très bien être par le témoignage. Donc par l’observation plus que l’interaction. Ça a été le cas par exemple sur la série « Reflets urbains » où je disparaissais, les gens ne me voyaient pas. C’est de plus en plus axé sur l’interaction dans mes dernières séries.

PDA : Comment définiriez-vous votre série « Miroir & Distorsions »?

DN : C’est l’aboutissement de ce que je cherche depuis plus de cinq ans. J’ai commencé le nu par une séries de reflets au travers de bouteilles où je cherchais à déstructurer puis restructurer le corps. Après, il y a eu la série « Désincarnation » avec toujours le même principe : à travers le corps retrouver l’âme, ce qui se cache derrière le corps.

PDA : Dans cette série « Miroir & Distorsions », la photographie serait utilisée comme un reflet de l’inconscient ?

DN : Pour moi la photographie, c’est un miroir. Dans cette série, je cherche à aborder ce que le conscient ne permet pas de voir pour se protéger. C’est se confronter aux limites, à ses propres limites. Je pense que ce qui m’a amené finalement à faire de la photographie a été un travail sur moi. Je cherche à dévoiler ce qui se trouve derrière la boite crânienne avec toutes ses facettes diverses et variées, contradictoires, sombres ou au contraire très sensuelles.

PDA : Quelle a été votre plus belle expérience ?

DN : Elle a été inattendue. Ça a été de trouver une muse. Cette expérience m’a ouvert énormément de portes sur la création, les choses qui avant me demandaient beaucoup de concentration, de travail sont devenues complètement naturelles et c’est quelque chose que maintenant j’arrive à reproduire avec d’autres modèles. Je parle de reproduction parce que pour moi une série ça ne s’arrête pas, ça se renouvelle, ça évolue dans le temps, ça se mature comme la vie. Mes séries « Distorsions », « Femmes paysages », c’est un peu comme mes gammes. C’est un échauffement par rapport aux séries fortes pour moi aujourd’hui. Les séances test se font sur ces séries là, parce que j’ai un référentiel, donc je sais facilement évaluer avec celles-ci comment la peau du modèle prend la lumière, comment le modèle aussi se comporte dans la pose, par rapport à ce qu’il retient et par rapport à ce qu’il donne.

PDA : Pour finir, quelques mots sur vos influences…

DN : J’ai vécu des années avec une femme sculpteur, donc artistiquement mon oeil a beaucoup travaillé bien avant que je fasse vraiment de la photographie. C’était là dans mon quotidien. D’un point de vue photographique, j’ai été très influencé par les années 30. La naissance de la photographie au sens de la création, au moment où la photo est sortie du simple témoignage d’une réalité et a retrouvé le surréalisme et bien d’autres courants. Mon travail s’encre vraiment dans cette sensibilité là de recherche. Une part importante de mes influences, c’est aussi la photographie japonaise, d’après guerre en particulier. Là, c’est vraiment le côté épuré. J’ai une série « Femme en lacet » qu’on pourrait qualifiée de bondage mais en fait qui n’en est pas du tout, qui est une série graphique. J’ai beau faire du nu, à chaque fois l’idée est d’habiller le corps de la femme que ce soit par la lumière, ou là en l’occurrence par le lacet. Des photographes en particulier qui m’ont marqués... Bill Brandt, évidemment Man Ray. Très fortement la série de distorsion d’André Kertész en 1933 où pour moi, il a trouvé quelque chose de particulier mais il n’a pas osé assez loin. C’est en partant de son travail que m’ait venue l’idée de travailler sur les miroirs.

PDA : Quelle serait la particularité de votre travail par rapport à ces photographes ? Serait-ce justement d’aller plus loin, de dépasser certaines limites ?

DN : D’abord, c’est ma sensibilité qui est certainement différente de la leur. Mon approche de la  couleur aussi. Même si j’ai une sensibilité monochrome qui est proche du noir et blanc, je travaille essentiellement en couleur. Et je pense qu’il y a un lâché prise qui n’est pas dans l’origine de la photographie.

 

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EXPOSITION # 1 :: Daniel Nguyen, Miroir & Distorsions

Extraits de ses séries :: Femmes Paysages, Femme en lacet, Voile, Désincarnations, Onirique EXPOSITION # 2 :: Daniel Nguyen, Photographe de l’Ombre et de la Lumière

 

Contact :

Daniel Nguyen
contact@daniel-nguyen.com
Site Internet : http://www.daniel-nguyen.com

Exposition collective permanente de photographies de nu à la Galerie de L’instant (Paris)

 
   

 

               
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